Lettre ouverte a mon depute

Monsieur le Député,

Ce premier janvier, j’ai fait mes valises pour l’Irlande et je souhaitais vous en exposer les motifs ici.

Tout d’abord, je pars car le travail vient à manquer. Développeur web pendant deux ans à la société WMG Informatique, j’ai été licencié économique quand elle vint à fermer ses portes, frappée par la crise. Découverte du chômage pour moi, qui ai eu la chance de trouver un emploi à la sortie de mes études. Or, l’emploi informatique est en berne et les offres se comptent sur la main d’un boucher aveugle. Les entreprises ne recrutent plus et espèrent tenir une année 2013 plus qu’incertaine.

Ensuite il y a eu Pôle-Emploi et le « Contrat de Sécurisation Professionnel » dont je fus effaré de découvrir les clauses. Pour ceux qui ne le connaissent pas, le CSP permet de conserver pendant un an de 80% du précédent salaire brut (au lieu de 57%) lors d’un licenciement économique après plus de 2 ans de salariat. La finalité de ce contrat étant de faciliter pour les bénéficiaires le fait de retrouver un CDI. Intention louable s’il en est une, mais qui se traduit par deux clauses ahurissantes :

  • Tout CDD de moins de 14 jours annule le CSP (alors qu’entre 14 jours et 6 mois il n’est que suspendu)
  • Toute création ou reprise d’entreprise annule le CSP

J’ai pris rendez-vous fin novembre avec une conseillère spécialiste pour créer un statut d’auto-entrepreneur, car j’avais des opportunités pour décembre de quelques travaux ; insuffisants pour constituer un salaire mais je n’aime pas rester dans l’inaction. La conseillère m’a alors informé de cette clause et m’a expliqué que je passerai d’une rémunération de 1200€ mensuels à 855€, desquels je devais déduire le CA réalisé en tant qu’AE, sans compter les 20% de taxes du régime ainsi que tous les frais occasionnés (déplacement, nourriture) ! Quand j’ai demandé s’il était possible d’effectuer ces travaux en CDD, elle m’a expliqué que le problème serait le même car en-dessous des 14 jours minimum pour ne pas perdre le CSP !

Je me suis donc retrouvé dans la situation aberrante où tenter honnêtement de travailler un peu pour ne pas me reposer uniquement sur les ASSEDIC menait directement à une perte nette d’au moins un tiers de mes revenus ! Vous comprendrez dans ces conditions que je n’allais pas m’engager dans un parcours administratif pour travailler, payer des frais afférents, pour au final perdre de l’argent ! Ma situation financière actuelle (aidée par les retards de versement des ASSEDIC) ne me permettait pas ce luxe.

Autre motif de mon départ, la persécution (pour ne pas dire la chasse aux sorcières) des créateurs d’entreprises. Votre famille politique, autrefois attachés à la cause (louable !) d’améliorer les conditions de vie des travailleurs, semble avoir totalement oublié ces derniers pour se concentrer sur une haine farouche de tous les patrons, des propriétaires, des riches. Le candidat Hollande ayant clairement choisi ses alliés lors de la campagne a introduit le concept de tranche à 75%, puis lors de son exercice de président nous avons successivement eu droit aux frasques de Montebourg à l’idéologie -disons le- communiste et du premier ministre Ayrault, se permettant d’insulter un français de « minable » (sic) sur une chaîne de grande audience à 20h, à cause de son exil fiscal !

Outre ces déclarations il y a aussi des actes, comme le PLF 2013, qui complexifie une taxation du capital déjà obscure et dissuade tout investisseur de venir (rester ?) en France. J’avais un projet de PME en lien avec d’autres personnes pour l’année prochaine, je préfère me retirer plutôt que de prendre des risques financiers et consacrer des semaines de travail entières pour, au final, voir tout espoir de retour financier partir en impôts sans aucune autre forme de procès.

Cet état d’esprit anti-entreprises et cette incapacité pour les gouvernements français successifs depuis 20 ans à inverser la courbe du chômage me poussent à aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, à sillonner l’Europe tant que cela est possible.

Je vous sais monsieur le député homme intelligent et à l’écoute, je tenais donc à vous adresser ces mots afin de vous montrer ces injustices.

Le Manchot Enragé

Manu chez les gauchistes – une libre epopee

Salux !

Petit carnet de bord

Comme vous le savez peut-être, je n’aurai pas l’occasion de me présenter cette année aux législatives dans ma circonscription (1ère d’Angers), par manque de dynamique, d’argent et de temps. Ne souhaitant pas rester les bras croisés en ces périodes troubles, j’ai décidé de rejoindre l’équipe de campagne de Jamila Delmotte pour Europe Ecologie Les Verts.

Ceux qui me connaissent seront étonnés de ce revirement politique. Je suis en effet à tendance libérale très prononcée et tiens des propos qui hérissent les cheveux de mes amis de gauche (ceux de droite aussi, c’est dire…)

Je ne renie aucunement ces idées. Je considère toujours que l’Etat est une entité qui doit s’effacer au profit d’un modèle plus décentralisé (plus de pouvoir aux régions, collectivités & l’Europe) et moins interventionniste dans de nombreux domaines. Je considère toujours que la retraite à 62 ans est une nécessité démographique, que les charges sur les salaires sont injustement élevées.

Je me reconnais personnellement dans le discours de Bayrou. J’aurais pu faire partie d’une équipe de campagne locale et me retrouver avec des personnes de la même sensibilité que la mienne, certes.

Mais je vois deux raisons pour lesquelles j’ai préféré rejoindre EELV et mettre de côté mes idéaux économiques le temps de cette campagne.

Première raison, cela rejoint mon vote à Eva Joly au premier tour, qui fût un vote de sanction :

  • Un vote sanction contre dix années de dénigrement et de combat contre Internet et les libertés numériques. Nous sommes à un tournant de notre civilisation et Internet est toujours considéré comme un jouet, un minitel 2.0.
  • Un vote sanction contre le service public sacrifié sur l’autel du logiciel propriétaire, alors que le Logiciel Libre n’enchaîne pas ses utilisateurs dans des formats verrouillés et créé des emplois locaux.
  • Un vote sanction contre l’ignorance totale de la communauté LGBT qui souffre toujours de la discrimination et dont de nombreuses familles sont dans des situations légales précaires.
  • Un vote sanction contre cette droite qui n’hésite pas à verser dans l’homophobie et islamophobie pour quelques voix de l’électorat frontiste et catholique.
  • Un vote sanction contre une assemblée nationale qui restera détenue par l’UMPS tant que la proportionnelle ne sera pas mise en oeuvre.
  • Un vote sanction contre un gouvernement qui n’a pas su engager de transition écologique pourtant indispensable.

Enfin (et surtout), un attachement personnel à l’équipe locale EELV, qui est présente sur tous les combats qui me tiennent à coeur. Lors des manifestations contre le traité ACTA, les militants EELV ont toujours été d’un grand soutien. Je n’ai jamais vu de libéraux venir manifester. De même à Quazar, où j’ai plus vu de militants EELV que des autres partis.

Leur vision des libertés numériques est proche de la mienne (seul point de désaccord, la licence globale qu’ils prônent) et parfaitement compatibles, là où j’entretiens un désaccord avec de nombreux libéraux (qui soutiennent les brevets et un renforcement du droit d’auteur pour certains).

Je veux par ce soutien envoyer un signal fort aux grands partis : une réforme des institutions politiques est nécessaire, de nombreuses libertés nous sont indûment ôtées, la transition écologique n’a que trop tardé.

Je l’ai toujours dit, je rejette toute appartenance à un parti. J’ai librement décidé de rejoindre l’équipe de Jamila, cela ne préfigure en rien de la suite. J’espère que le Parti Pirate aura su créer une dynamique pour fédérer autour d’un projet que j’espère tant libéral que libertaire et surtout profondément ancré dans la culture hacker ; une alternative qui manque au décor politique français.

Le Manchot Enragé

PS : je précise que tout ceci est à titre purement personnel et n’engage en rien ni le Parti Pirate ni la section locale ;)

Archivage de Twitter a la bibliotheque du Congres

Salux !

Jeudi dernier, Marc Rees, journaliste pour PC INpact, relatait[1] une annonce de la bibliothèque du Congrès des États-Unis. L’intégralité des « tweets » de Twitter sont archivés depuis mars 2006, ouverture du site. Cette initiative pose de nombreuses questions, notamment sur le droit à l’oubli brandi par certains de nos politiques. Pour ma part je pense que c’est une excellente idée mais quelques points nécessitent réflexion.

Twitter, kesako ?

Tout d’abord, re-situons le contexte. Twitter est un site dit de micro-blogging dont le principe est très simple : une fois inscrit, vous pouvez y déposer des messages -ou tweets- d’une longueur maximale de 140 caractères. Ces messages sont généralement en lien avec d’autres sites, tant et si bien que Twitter est une sorte de carrefour où l’on peut pêcher des informations qu’on aurait pas trouvé autrement.

Twitter est à mi-chemin entre un blog classique et un canal IRC. Une sorte de flux RSS convivial, intuitif et social. Vous pouvez suivre les twitters d’autres membres pour les avoir en temps réel sur votre page (un peu comme des « amis » sur Facebook & cie).

Un danger pour la vie privée ?

Pas réellement selon moi. Twitter est à Facebook ce que les mémoires sont aux autobiographies : une partie précise de nous-même que l’on souhaite rendre publique en espérant qu’elle puisse profiter à un autre. De nombreux politiques l’ont adoptés et « tweettent » depuis l’assemblée nationale par exemple.

Twitter n’est pas un lieu d’expression intime ; d’ailleurs le web ne l’a jamais réellement été puisque son but est la propagation de l’information. Partant de ce postulat, il est difficile d’imaginer en quoi archiver son contenu est dangereux.

La Bibliothèque Nationale de France archive les journaux, magazines et autres parutions publiques. Depuis quelques années c’était le tour des blogs, la bibliothèque du Congrès des États Unis a franchi le pas avec Twitter. D’ici un siècle, nos arrières-petits enfants (enfin ceux ayant survécu à 2012) pourront consulter ces archives et reconstituer notre histoire. C’est une formidable avancée pour notre culture et la conservation du patrimoine.

Seul bémol : ils pourront aussi lire les âneries dites par nos chers élus. Quoique, vu sous cet angle, ce n’est peut-être pas une si bonne idée…

Sources :

[1] Article de Marc Rees : www.pcinpact.com/actu/news/56399-google-twitter-archive-historique-congres.htm

Le Manchot Enragé